Qu’est-ce que la vérité ?

Évangile de Jean :

« Pilate rentre dans le prétoire, fait appeler Jésus et lui demande : Es-tu le roi des juifs ?

Et Jésus : dis-tu cela de toi-même ou bien d’autres te l’ont-ils dit ?

Est-ce que je suis juif, moi ? dit Pilate. Ta nation et ses grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’est-ce que tu as fait ?

Et Jésus : Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes serviteurs se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs. Mais ma royauté n’est pas d’ici.

Tu es donc roi ? dit Pilate.

Et Jésus : c’est toi qui dit que je suis roi. Je suis né et venu dans ce monde pour témoigner de la vérité. Qui cherche la vérité écoute ma voix.

Qu’est-ce que la vérité ? dit Pilate.

Sur ce, il sort de nouveau et dit aux juifs : je ne trouve en lui rien de condamnable. Et puisque votre coutume veut que je libère un des vôtres à Pâque, voulez-vous que je libère le roi des juifs ?

Ils recommencent à crier : pas lui ! Barrabas ! »

 

La lecture de ce texte m’a marqué pour toujours. Ce texte m’a saisi au sens propre du terme.

Deux recherches de la vérité se font face, incarnées et sincères. L’une religieuse, mystique et l’autre philosophique, sceptique. Elles ne se condamnent pas, elles ne s’excluent pas.

Elles restent l’une et l’autre en moi depuis l’adolescence.

 

 

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Le principe d’incertitude de Clément Rosset

Un dernier extrait de l’opuscule de Clément Rosset le principe de cruauté paru aux Éditions de Minuit et que je vous recommande chaudement.

Pour en revenir au fait que la vérité philosophique ne vaut que pour autant qu’elle est incertaine et ne possède en définitive d’autre vertu indiscutable que la vertu médicinale,  j’invoquerai brièvement le cas du matérialisme d’Épicure et de Lucrèce. Il va de soit en effet, et c’est en quoi la doctrine épicurienne est philosophiquement exemplaire, que ce matérialisme est à la fois intenable et salutaire : intenable quant à sa vérité propre, salutaire quant à la somme d’erreurs et d’absurdités qu’il révoque. Les deux maximes fondamentales de l’épicurisme peuvent apparaître à juste titre comme des pensées courtes et pauvres. Assimiler la vérité à l’existence matérielle, le bien à l’expérience du plaisir, revient certes à décevoir toute attente d’élucidation en profondeur et à s’en tenir, sur ces deux points, au plus minimaliste des discours. Mais on doit observer, d’un côté, que la tentative d’assimiler la vérité à autre chose que la matière, le bien à autre chose que le plaisir, aboutit généralement à des énoncés eux-mêmes beaucoup plus suspects et absurdes que les formulations épicuriennes. En tant que philosophie critique, le matérialisme constitue la pensée peut-être la plus élevée qui soit ; en tant que philosophe « vraie », il est en revanche la plus triviale des pensées. Comme le remarque Nietzschéen dans un passage de l’aphorisme 9 de Par-delà le bien et le Mal,  qui fait écho direct au propos de Montaigne cité plus haut, une philosophie cesse d’être crédible dès qu’elle commence à croire en elle-même. Ce qui fait la force de la philosophie épicurienne, comme d’ailleurs de toute grande philosophie, n’est pas d’accéder à une vérité profonde et certaine, mais, si je puis dire, de réussir à s’en tenir à la moindre des erreurs.

 

De l’ordre dans les idées

« Le savant doit ordonner ; on fait la science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison ». Henri Poincaré  (la science et l’hypothèse)

Il en est de même pour toute connaissance, scientifique ou non. Mais une construction ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle résiste … aux faits.

Mettre de l’ordre dans mes idées, oui. Mais la question suivante est : comment savoir si c’est juste ?

Nous nous précipitons souvent sur une explication sans la soumettre à la critique. Pour bien connaître un sujet, il faut y passer du temps (bosser, bosser, bosser) et quelquefois observer la chose dans la durée.

 

 

Propagande

Dans l’un de ses récents posts publiés depuis qu’il fait l’objet d’une attaque en règle de la part du quotidien Le Monde, Olivier Berruyer a cité un ouvrage paru en 1997 intitulé « Georges Orwell face à ces calomniateurs ». Cet extrait me parait très éclairant. Je vous le retranscris ci-dessous.

“On sait, en effet, que la propagande totalitaire n’a pas besoin de convaincre pour réussir et même que ce n’est pas là son but. Le but de la propagande est de produire le découragement des esprits, de persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l’inutilité de toute tentative de s’opposer à la diffusion du mensonge. Le but de la propagande est d’obtenir des individus qu’ils renoncent à la contredire, qu’ils n’y songent même plus. Cet intéressant résultat, l’abasourdissement médiatique l’obtient très naturellement par le moyen de ses mensonges incohérents, péremptoires et changeants, de ses révélations fracassantes et sans suite, de sa confusion bruyante de tous les instants. Cependant, si chacun, là où il se trouve, avec ses moyens et en temps utile, s’appliquait à faire valoir les droits de la vérité en dénonçant ce qu’il sait être une falsification, sans doute l’air du temps serait-il un peu plus respirable.” [Encyclopédie des Nuisances, George Orwell devant ses calomniateurs, Quelques observations.]

Lapsus ?

Pour le lancement de sa chaîne d’informations en continu, France Info a fait une campagne d’affichage publicitaire.

Sur l’une de ces affiches, on pouvait y lire le slogan : »on vous aide à déméler le vrai de l’info ».

On ne saurait mieux exprimer ma perplexité croissante devant le flot d’informations qui nous parvient. Faits bruts ou faits rapportés, sans explication ou au contraire quasi scénarisés, vérifiés ou non.

À ce titre, Internet et sa profusion ne nous aide pas. Seule l’observation patiente nous permet de sélectionner les commentateurs avertis (uniquement les commentateurs car les sources, elles, nous sont inaccessibles).