Clément Rosset (1939-2018)

Le philosophe Clément Rosset est mort le 27 mars dernier.

Voici un texte extrait de son petit ouvrage « le principe de cruauté ».

Si l’aptitude principale de la philosophie consiste plutôt à dénoncer des erreurs qu’à énoncer des vérités, il s’ensuit ce fait, d’allure paradoxale mais pourtant vrai, que la fonction majeure de la philosophie est moins d’apprendre que de désapprendre à penser. La bêtise fournit d’ailleurs une solide contre-épreuve de cet apparent paradoxe, puisque celle-ci ne consiste pas, contrairement à ce qu’on pense généralement et à tort, en une paresse d’esprit mais bien en une débauche désordonnée d’activité intellectuelle, dont témoigne par exemple Bouvard et Pécuchet, héros modernes et indiscutés de la sottise. L’intérêt porté aux « choses de l’intelligence », comme il est dit dans La Belle Hélène d’Offenbach,  est plus souvent la marque d’un esprit médiocre que celle d’un esprit avisé ; et c’est certainement à juste titre, et non par coquetterie, que le plus pénétrant des penseurs français, Montaigne, déclare avoir l’esprit lent.

Un autre extrait du même opuscule, cruellement réaliste :

La jouissance de nuire à ses proches, souvent ressentie comme prioritaire par rapport à celle de se faire plaisir à soi-même, procède peut-être de cette même idolâtrie de la certitude : du sentiment confus que l’autre éprouvera du déplaisir à coup sûr, alors qu’on n’est pas toujours certain du plaisir qu’on pourrait éprouver quant à soi.

 

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De l’ordre dans les idées

« Le savant doit ordonner ; on fait la science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison ». Henri Poincaré  (la science et l’hypothèse)

Il en est de même pour toute connaissance, scientifique ou non. Mais une construction ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle résiste … aux faits.

Mettre de l’ordre dans mes idées, oui. Mais la question suivante est : comment savoir si c’est juste ?

Nous nous précipitons souvent sur une explication sans la soumettre à la critique. Pour bien connaître un sujet, il faut y passer du temps (bosser, bosser, bosser) et quelquefois observer la chose dans la durée.

 

 

La réalité en face

J’aimerais bien regarder la réalité en face mais de quelle réalité parle-t-on ?

La réalité des choses passées, celle de l’Histoire ? Des faits rapportés, de ma mémoire, de ce que j’ai vu, pas vu, compris, interprété.

La réalité du présent ? Du vécu direct et du ressenti, de la prière et de mes sentiments ? c’est le seul présent que je connaisse.

La réalité du futur ? Du certain, du possible, de l’incertain ou de l’impossible ?

Mon premier casse-tête est de déméler, si c’est possible, ces trois réalités.

Passé, présent et futur ont en partage mon intuition, pour le meilleur et pour le pire.

Passé et futur ont en partage ma métaphysique. Et dans leur combat commun contre le présent, qui est l’emporte ?