Liberté Égalité Fraternité

Il y a quelques mois, je postais deux extraits d’un livre sur le droit constitutionnel. Ces deux textes présentaient les deux valeurs fondatrices de la démocratie libérale, l’égalité et la liberté. L’une en était le fondement et l’autre la condition de son accomplissement.

La fraternité ignorée de ces textes m’apparaissait comme un complément d’âme. L’observation du monde et de notre démocratie me fait penser aujourd’hui que ce n’est pas un complément mais le liant de la communauté nationale.

Les trois termes de la devise nationale sont indissociables.

On pourrait croire que bénéficier de l’une de ces trois valeurs permet d’être au tiers du chemin vers la démocratie. Il n’en est rien. Prise isolément de ses deux autres compagnes, chacune de ces trois valeurs est un leurre monstrueux.

Le communisme réel nous a appris à nous méfier de l’égalité prête à sacrifier la liberté. Pour cette idéologie, la messe est dite. Les millions de morts qu’on lui doit témoignent de son sens de la fraternité.

Moins trivial est le danger de la liberté qui oublie l’égalité en droit et la fraternité. On se souvient de la liberté du renard dans le poulailler libre. On connaît aussi la phrase de Lacordaire, homme d’église et homme politique libéral : « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. » 

Quant à la fraternité, celle qui méprise la liberté et l’égalité, c’est la fraternité guerrière de ceux qui défendent leur communauté au détriment des autres communautés et de tous les individus, amis ou ennemis. Des nazis à l’islamisme en passant par toutes les formes de sectarisme.

Puisse notre démocratie libérale être fraternelle…

 

 

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Français musulmans : individualisation de la religiosité

Un billet qui s’éloigne des sentiers battus.

Nadia Marzouki est chercheuse au Centre d’Etudes Sociologiques et Politiques Raymond-Aron.

Elle vient de publier cet article de synthèse sur le site du journal du CNRS où elle expose en s’appuyant sur des travaux de sociologues une vague de fond d’individualisation et d’acculturation de la pratique religieuse chez les français musulmans et notamment les plus jeunes.

Il s’agit d’un article scientifique à rebours de représentations habituelles.

C’est une contribution de plus pour éclairer les démarches citoyennes actuelles, même si elle n’épuise pas ce sujet brûlant et vaste.

Bonne lecture !

https://lejournal.cnrs.fr/billets/oui-les-musulmans-sont-en-accord-avec-la-republique

 

 

Catéchisme sommaire

Ce qui suit est ce que le citoyen que je suis comprends de la Politique.

La souveraineté du peuple est l’autre nom de la démocratie.

La souveraineté nationale est l’autre nom de la liberté d’un peuple.

La nation est le corps social dans lequel se reconnait un peuple et qui lui permet d’être reconnu par les autres peuples.

La citoyenneté qui est la participation à la nation est libre de toute appartenance sociale, ethnique, philosophique ou religieuse.

L’état est l’instrument de la souveraineté populaire et de la souveraineté nationale.

Le peuple élit ses représentants. Ceux-ci s’appuient sur l’état pour gouverner le pays.

Le pays, c’est un peuple sur un territoire doté d’institutions  (et d’une langue dans le cas de la France).

L’organisation du territoire et sa défense ainsi que l’instruction et la santé des citoyens sont confiées à l’état.

Chaque peuple se dote d’une constitution qui est sa loi fondamentale. Elle lui appartient et chaque génération peut en débattre.

Au sein de la nation s’exercent des solidarités entre ses différentes composantes sociales et régionales.

L’internationalisme, ce sont des nations qui se reconnaissent et collaborent entre elles.

L’universalisme, c’est considérer que chaque individu et chaque peuple a droit à une égale dignité et une égale reconnaissance.

Les peuples (les nations) se solidarisent par des traités mais, de facto, les rapports entre nations sont essentiellement des rapports de force.

La constitution d’une nation est supérieure aux traités tant que sa souveraineté est possible.

La géopolitique est l’analyse de ces rapports de force sous toutes ses formes.

« L’illusion économique » par Emmanuel Todd

En 1998, Emmanuel Todd publiait un livre intitulé « l’illusion économique » où il développait l’idée qu’on ne peut comprendre la crise du monde développé par la seule analyse économique mais qu’ « on doit distinguer trois niveaux, économique, culturel et anthropologique que l’on peut, par analogie avec les catégories psychologiques usuelles, identifier aux niveaux conscient, subconscient et inconscient de la vie des sociétés ».

Ce livre reste d’actualité. Il est publié en format de poche chez Folio.

Sur le déclin d’une croyance collective telle que la nation, voici ce qu’il écrit :

« L’individualisme absolu s’attaque à la nature humaine aussi sûrement que le totalitarisme. C’est pourquoi la négation des groupes et croyances collectives finit toujours par provoquer l’émergence de formes groupales inattendues et perverses. L’anti-nationisme actuel des élites françaises et anglo-saxonnes,  qui rejette une croyance collective achevée et apaisée, a tout naturellement mené, dans les années récentes, à la floraison de multiples croyances fixées sur des groupes moins vraisemblables et moins utiles que la nation : race, pseudo-religion, tribalisme, régionalisme, identités socioprofessionnelles hystérisées, appartenance à des groupes définis par une préférence sexuelle, sans oublier le nationalisme régressif lepéniste. Ces remontées primitives sont la contrepartie des anticroyances ultralibérales ou maastrichtiennes.

Notre an 2000 semble tiré d’un conte philosophique du XVIIIème siècle qui se serait donné comme sujet d’ironie le problème aussi insoluble qu’inexistant du rapport de l’individu au groupe.

Il est une double évidence anthropologique :

1) l’individu existe avec sa personnalité et ses désirs propres, ses qualités et ses défauts, sa capacité de calcul économique rationnel ;

2) le groupe existe, et, sans lui, l’individu n’est pas concevable, puisqu’il en tire sa langue, ses moeurs, et l’a priori, non vérifié mais nécessaire à la vie, que les choses ont un sens. »