« L’illusion économique » par Emmanuel Todd

En 1998, Emmanuel Todd publiait un livre intitulé « l’illusion économique » où il développait l’idée qu’on ne peut comprendre la crise du monde développé par la seule analyse économique mais qu’ « on doit distinguer trois niveaux, économique, culturel et anthropologique que l’on peut, par analogie avec les catégories psychologiques usuelles, identifier aux niveaux conscient, subconscient et inconscient de la vie des sociétés ».

Ce livre reste d’actualité. Il est publié en format de poche chez Folio.

Sur le déclin d’une croyance collective telle que la nation, voici ce qu’il écrit :

« L’individualisme absolu s’attaque à la nature humaine aussi sûrement que le totalitarisme. C’est pourquoi la négation des groupes et croyances collectives finit toujours par provoquer l’émergence de formes groupales inattendues et perverses. L’anti-nationisme actuel des élites françaises et anglo-saxonnes,  qui rejette une croyance collective achevée et apaisée, a tout naturellement mené, dans les années récentes, à la floraison de multiples croyances fixées sur des groupes moins vraisemblables et moins utiles que la nation : race, pseudo-religion, tribalisme, régionalisme, identités socioprofessionnelles hystérisées, appartenance à des groupes définis par une préférence sexuelle, sans oublier le nationalisme régressif lepéniste. Ces remontées primitives sont la contrepartie des anticroyances ultralibérales ou maastrichtiennes.

Notre an 2000 semble tiré d’un conte philosophique du XVIIIème siècle qui se serait donné comme sujet d’ironie le problème aussi insoluble qu’inexistant du rapport de l’individu au groupe.

Il est une double évidence anthropologique :

1) l’individu existe avec sa personnalité et ses désirs propres, ses qualités et ses défauts, sa capacité de calcul économique rationnel ;

2) le groupe existe, et, sans lui, l’individu n’est pas concevable, puisqu’il en tire sa langue, ses moeurs, et l’a priori, non vérifié mais nécessaire à la vie, que les choses ont un sens. »

Souveraineté et ordre démocratique (Jacques Sapir)

Cet article de Jacques Sapir dont vous avez le lien ci-dessous complète le précédent et rejoint à mon sens une tentative d’explication que proposait Emmanuel Todd dans une conférence récente qu’il a donné à Montluçon. Là où on constate des désordres incompréhensibles, on note un affaiblissement de l’Etat et de sa légitimité.

« L’ordre démocratique a besoin de souveraineté. Sans souveraineté, il ne peut exister. Mais la souveraineté, si elle est une condition nécessaire à l’existence de l’ordre démocratique n’est pas une condition suffisante. Cette souveraineté doit être celle du peuple. »

Pour nos prochains débats, la lecture du début du texte est indispensable.  On pourra faire l’impasse, dans un premier temps, sur la critique de Carl Schmitt et sur l’état d’exception.

Bonne lecture,

http://russeurope.hypotheses.org/3179