« PRINCIPAL DE COLLÈGE OU IMAM DE LA RÉPUBLIQUE » : la fiche de lecture

 

Nous vous proposons la fiche de lecture d’un ouvrage récemment sorti en librairie signé par un principal de collège en retraite qui a exercé dans des quartiers sensibles de Marseille. Le livre fourmille d’exemples qui donnent foi dans le travail des enseignants et des élèves.

Bonne lecture !

 

PRINCIPAL DE COLLÈGE OU IMAM DE LA RÉPUBLIQUE

Bernard RAVET

Editions KERO – Septembre 2017

 

Introduction

“Il y a Urgence”.

Nécessité d’énoncer les vérités, telles qu’elles sont vécues et de présenter les raisons d’espérer.

Ce que l’on peut considérer comme une tentative d’homicide sera un déclic sur le réel danger de sa profession.

Progressivement, il devient évident que son métier relève de la police intérieure, pour “Maintenir les valeurs de la République contre vents et marées. Défendre le territoire”.

Le travail avec la police est capital pour maintenir les jeunes dans l’établissement scolaire, qui par bien des aspects ressemble à une prison, mais une prison dans laquelle on est en sécurité.

Pour Bernard Ravet, son collège semble être un “non-lieu”. Il découvre que certaines zones échappent complètement à tous les codes urbains, sociaux et paraissent ne pas pouvoir être réhabilitées. Des zones où il est difficile de convaincre le personnel de venir travailler. Des zones dans lesquelles il deviendra “ancien instit, pédagogue offshore, directeur d’ONG, commissaire de police” pour finir “imam de la République”.

1 – Directeur d’ONG pédagogique

Cette expression est justifiée par le fait qu’il ressent en permanence la dilution de sa mission dont l’Etat n’a absolument pas conscience et que donc, il ne traite jamais.

La violence est palpable, rarement contre les adultes mais permanente entre eux. Pour lutter contre, il fera “la grille” tous les jours, ce qui lui permet de marquer son territoire, d’affirmer l’existence d’un lieu où les règles sont respectées. D’où l’idée de prison mais aussi de protection. L’établissement laisse supposer qu’il existe un hâvre de paix, quelque part…

L’aide de médiateurs est indispensable notamment pour détecter les potentiels conflits nés sur les réseaux sociaux. Il faut établir une confiance dans le quartier. Il faut aussi des liens serrés entre collèges et établissements scolaires.

Cette violence peut dégénérer car la présence de couteaux est inévitable. Tout va très vite : vol, agression… Le qui-vive est permanent.

Pour parvenir au respect des lieux, la présence d’une “dame pipi” (vite devenu confidente) a été une expérience concluante.

Pour agir, il est capital de bien connaître l’environnement du collège, la vie de quartier. C’est utile, mais pas toujours efficace. Comprendre permet d’échanger, de mettre en place des mesures mais rien n’est garanti, jamais, notamment pour lutter pour l’égalité des chances entre filles et garçons. Dans un fort communautarisme, le risque de passer pour un traître est permanent. Pas mal de choses ne sont pas censées ressortir : grossesse, viol, inceste, maltraitance, ….

Avec la Joliette, à la différence de Versailles, le pari de l’ouverture a été fait. Un collège qui devient un cadre de loisirs pour le quartier. Il a fallu instaurer des contrôles, ce qui n’était pas prévu à l’origine, mais qui a porté ses fruits. Avec ce collège, superbement conçu, il y a l’espoir de drainer des familles aisées mais l’environnement n’a pas convaincu.

L’attrait du privé est évident pour les classes aisées mais il l’est aussi pour celles en plus grande difficulté. L’Education Nationale n’est plus l’élément porteur d’espoir d’avenir meilleur.

L’un des sujets majeurs est la lutte contre la victimisation. Si les élèves ne s’en sortent pas, c’est à cause de l’institution.

Pour éviter de baisser sa garde, Bernard Ravet se résout à appliquer le principe de tolérance zéro.

2 – Ma journée de la jupe

Enseignantes et conseillères se font agresser en allant prendre le métro car elles portent une jupe. Le corps enseignant est prêt à déposer son droit de retrait (autorisant tout salarié mis en situation de danger, de refuser de travailler). Quand trois élèves subissent le même outrage, Police et Principal décident d’agir autrement, en accord avec tout le monde : un piège sera posé pour prendre sur le fait les perturbateurs. Mais on craint les représailles. Aussi, le Principal passera un deal avec les caïds du coin. Plus de harcèlement, pas de police, les “grands frères” assurent la tranquillité des élèves et enseignants et peuvent continuer à dealer. Précision, la drogue ne tue que des mécréants, ce n’est donc pas contraire à la religion.

Cette affaire de la jupe a révélé la montée du fait religieux, aussi démontré par les pratiques à la Cantine. Pour beaucoup, ce sera le seul repas. Le Halal, la pratique du Ramadan, exigé en 2013 par les familles.

Entre collège sanctuaire et collège ouvert à tous les vents, le Principal navigue seul, au quotidien. L’institution déplore, l’institution souligne le problème d’autorité, mais l’institution ne fait rien ! Le rectorat est dans un silence radio total, les syndicats se sont crispés sur une questions de moyens qui ne résout rien, l’institution se contrefiche des enseignants des ZEP qui donnent en permanence de leur personne, dans le meilleur des cas, ou qui font l’effort de venir travailler, ce qui est déjà énorme.

Le terrain le plus perceptible de la dégradation due à l’intrusion du religieux dans la sphère scolaire est la dégradation du rapport garçons-filles. L’exercice de sa mission est extrêmement compliqué dans ce contexte : égalité de base bafouée, autorité niée,enseignement de bio ou d’histoire, voire même de littérature impossible. Le dire, c’est prendre le risque d’être assimilé à l’extrême droite.

Mieux vaut se taire. Seuls les renseignements généraux viendront en aide aux chefs d’établissement. L’Etat fait la politique de l’autruche. Il s’est enfermé dans le piège du voile. Ce voile répond aussi pour pas mal de filles à une quête identitaire qui a peu à voir avec le religieux. L’Etat est dans le déni total, enterre les rapports alarmants et l’institution est complètement dépassée et laisse ses troupes seules et non préparées pour « combattre Dieu ».

3 – Instit un jour, instit toujours

Pour lutter : il n’aura que la loi, et ses valeurs, d’enseignant passionné et militant, d’un engagement viscéral. Aujourd’hui, il faut tenir une classe. Avant on luttait contre la pauvreté, pas contre Dieu.

Pour réussir, il faut un engagement au-delà de l’engagement de l’enseignant. C’est le lien avec le quartier qu’il faut créer. Dès que la relation avec les familles est établi, les choses changent. Le collège doit faire sens avec la ville.

4 – Pédagogue offshore

Bernard Ravet refuse de baisser les bras. Ses élèves sont entre des murs, érigés par la ville et la société et ils sont à l’évidence victimes aussi.

Il est indispensable d’avoir dans ces quartiers des classes pour les enfants qui viennent d’arriver et des classes européennes qui permettent d’y amener l’excellence républicaine. Les supprimer des ZEP serait une erreur gravissime. Une attention doit être portée autant aux bons élèves qu’à ceux en difficulté. Il faut donner un désir d’avenir. A une population qui se définissent par leur cité, leur origine, bien avant de se sentir français.

“Un principal de collège dans les quartiers n’est pas seulement dans une logique de protection de son territoire, il est aussi un général en campagne, qui tente de conquérir de nouveaux territoires, géographiques et mentaux.”

De nombreux exemples prouvent qu’il y a un formidable trésor dans ces élèves mais comment l’école peut-elle redevenir le révélateur ? Comment peut-elle redonner du sens et montrer que tout est possible ?

5 – Imam de la République

Dans l’esprit de permettre des ponts entre le quartier et le collège, Bernard Ravet dit qu’il a commis l’erreur de faire entrer le religieux par le biais des associations d’aide aux devoirs. Il ne l’a pas vu venir. Jusqu’à son surveillant modèle qui diffusait un livre de propagande religieuse.

L’institution ne l’aidera pas. Ce sont les renseignements généraux qui vont l’aider. Ces deux administrations n’échangent pas entre elles. Tout est hermétique. Plus grave encore : l’administration verse des subventions à des associations d’endoctrinement.

Tout le monde sait, tout le monde voit, mais chacun est seul face au problème.

La peur d’exciter les uns contre les autres fait taire. Et on ne sait comment faire face à la montée de l’antisémitisme.

Ce qu’on croyait acquis ne l’est plus et il est grand temps de raviver l’esprit des Lumières. Démuni face aux forces qui ont conquis le territoire, seul terriblement seul pour protéger ses certitudes, ses valeurs, sans pouvoir compter sur les politiques, ignorants ou pire complices.

Comment lutter quand des établissements clairement anti républicains s’ouvrent pour permettre à des obscurantistes d’endoctriner mieux et plus ? L’Etat déroule le tapis rouge aux religieux, laissant ses agents seuls et démunis pour protéger les valeurs républicaines.

“Le voile en est un indice. Il fallait l’interdire. Mais il fallait aller au-delà !” Il ne fallait pas laisser croire que la loi de Dieu est supérieure à la loi des hommes. La population musulmane de ces quartiers n’ont pas plus vu que nous monter le religieux et elle se trouve aujourd’hui aussi démunie.

Pour lutter :

– il faut inscrire autant que possible les établissements dans leur environnement

– il faut n’être ni naïf, ni trop ferme, mais être juste, lucide, lisible, généreux

– il faut que les établissements soient les plus ouverts possible

– il faut bannir la loi du silence qui bloque la lutte

– il ne faut pas espérer une mixité sociale là où l’immobilier ne peut définitivement pas l’offrir

– il faut pas croire que ceux qui sont enrôlés manquent d’éducation, ils ne sont pas en rupture sociale

– il faut un soutien massif pour gérer une situation de crise

– il faut une action résolue : pas de tolérance pour les ennemis de la tolérance

– l’Etat doit reprendre la main : fermer les écoles coraniques qui réfutent l’égalité des sexes, etc., ne laissons plus financer des lieux de cultes par des puissances étrangères, aidons les musulmans à pratiquer sereinement et luttons contre les dérives religieuses.

Conclusion

Il n’y a pas encore assez d’enseignants et de personnels qui soient conscients que les missions en ZEP ne sont pas dans un contexte normal.

Il faut absolument retrouver une culture de l’invention, de l’adaptation, du projet, être dans une dynamique.

Il faut arrêter de penser que l’éducation est une science alors que c’est un art. Rêvons de professeurs qui soient des producteurs de sens et des déclencheurs de désir. “C’était le projet de la Révolution quand elle créa l’Ecole Normale supérieure, en 1794.”

Ressuscitons le principe des classes à parcours artistique et culturel.

Rendons les établissements plus autonomes, “c’est la reconnaissance de la capacité qu’a chaque équipe éducative de construire des réponses pédagogiques originales aux questions particulières auxquelles elle est confrontée” dans le cadre républicain confié à l’école.

Il faut en finir avec la loi du silence face à l’impact du religieux.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s