France

La rafle du Vel’ d’Hiv’ fut une opération odieuse, criminelle et irréparable, perpétuée par des français exécutant des ordres donnés par des autorités françaises. De plus, bien que la motivation première fut de répondre à l’injonction des forces d’occupation allemandes, cette opération permit à d’autres français de s’approprier des biens appartenant aux familles « raflées ».

Tout cela est odieux, connu et incontestable et on peut consulter des témoignages et des travaux d’historiens pour avoir l’éclairage objectif nécessaire sur ce qui s’est passé.

Cependant, l’affirmation du président de la République, dans son discours à l’occasion de cette célébration, de la responsabilité de la France concernant cet événement inqualifiable, m’a laissé perplexe.

Les mots ont un sens et il convient de le respecter, certains mots en ont plusieurs, d’autres enfin ne se laissent pas enfermer.

Quand on parle de la France ici, de quoi parle-t-on ? Sûrement pas de ses vins et de ses fromages, de ses paysages ou de ses écrivains.

Ici, on parle de son gouvernement. On parle de politique et de responsabilité collective.

Or de quel gouvernement parle-t-on ? D’un gouvernement porté par une classe dirigeante égoïste, défaitiste et cagoularde, issu des pleins pouvoirs accordés sans fondement constitutionnel et collaborant avec les forces d’occupation.

En juillet 2017, nous avons célébré, à juste titre, le 75ème anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’.

En juin 2017, nous aurions pu célébrer le 75ème anniversaire de la bataille de Bir Hakeim où se sont illustrées les Forces Françaises Libres aux ordres du gouvernement de la France Libre dirigé à Londres par le général de Gaulle.

Quel était le gouvernement légitime de la France ? Celui qui s’est soumis bien volontiers à l’injonction de l’occupant allemand de lui livrer des Juifs ou celui qui le combattait les armes à la main ?

Quand on parle de responsabilité, on parle de libre arbitre.

Quand on parle de la France, de quoi parle-t-on ?

Quand des français ont choisi délibérément de se battre les armes à la main au péril de leur vie, quel sens pouvait bien avoir pour eux le mot France ?

Je pense, et ce n’est pas qu’affectif et irrationnel, qu’on choisit délibérément le sens du mot France.

Pour l’illustrer, je vous propose de terminer ce post avec le premier paragraphe des Mémoires de Guerre du général de Gaulle.

Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la sensation d’une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même; que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur.

 

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