Faut-il faire sauter Bruxelles ? La fiche de lecture

François Ruffin désormais bien connu grâce à son film « merci patron », avait publié il y a quelques années une enquête sur les lieux des institutions européennes.

Henriane nous a rédigé une fiche de lecture de ce petit opuscule.

 

 

Faut-il faire sauter Bruxelles ? Un touriste enquête

François RUFFIN

Fakir Editions – 2014

 

« En France, le mot libéralisme était imprononçable, alors on en a trouvé un autre : Europe ».

Alain Touraine

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps, et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »

Abraham Lincoln

En caractères normaux, les idées que j’espère ne pas avoir travesties, en italique, mes commentaires.

Prologue : Balade à Euroland

« C’est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dévouement » : plaque déposée par les lobbyistes devant le parlement européen.

L’Europe aujourd’hui régit, contrôle chaque recoin de notre vie.

Comment s’informer

Par les médias ? pas une bonne idée, ils font campagne plus qu’ils nous informent et c’est d’ailleurs une propagande qui a « le mérite de ne pas avancer trop masquée » (à moins qu’on nous prenne pour vraiment si débile qu’on n’a plus besoin de se masquer)

En lisant les textes européens : cela permet de voir les obsessions : « économie sociale de marché hautement compétitive », « libre circulation des capitaux », « concurrence libre non faussée », « coût de la main d’œuvre » sous haute surveillance (mais rien sur les dividendes des actionnaires). Lecture instructive mais laborieuse, technique.

En rencontrant des gens : Gilles Raveau, Antoine Schwartz, François Denord, Jacques Nikonoff, et Bernard Cassen. « Ce qui est incroyable, c’est que l’on toutes les connaissances, historiques, théoriques pour savoir que la mécanique engagée en Europe est complétement dingue. »

Cet effort d’information et de formation est capital pour le citoyen et en principe pour le journaliste. Mais ce qui saute aux yeux quand on écoute médias et politiques, c’est qu’au lieu de bosser, ils préfèrent croire à des peurs imaginaires du citoyen, qui le conduisent à devenir un vilain populiste.

Le quartier Europe de Bruxelles s’est construit en expulsant des familles entières, en faisant table rase du passé. Aujourd’hui, le cadre même de cette Europe affiche son idéologie faite de totale confusion entre la finance et la politique.

 

1 – Rue Wiertz, 1047 BRUXELLES, Le parlement ,influence gravée dans le marbre

Comment cela est-il possible ?

Alain Hutchinson, Député européen « Une soupe permanente »

Il n’a pas fait attention à la plaque, mais il constate que les lobbies sont chez eux à Bruxelles. C’est eux qui dictent les rapports des commissions, créant un climat pro-business où le libéralisme est inscrit dans le marbre. Pour lui, il faut que le citoyen s’investisse plus et que l’on donne plus de pouvoir au Parlement. Mais surtout, on ne touche pas aux commissions, qui doivent pouvoir continuer à faire des propositions. Mais quid du droit des citoyens de les accepter ou de les refuser, ces propositions ? Sa solution préconisée pour une meilleure Europe ressemble plus à du rafistolage qu’à une vraie mesure efficace.

Olivier Hodeman, de l’ONG Coporate Europe Observatory « Ce sont les lobbies qui remplacent le peuple »

Leur organisation est tellement efficace qu’ils ont pu faire accepter l’idée que ce soit eux-mêmes qui s’autorégulent : ils édictent leurs règles de bonnes conduites. Il n’y a au parlement européen aucun œil public, il n’y a pas de peuple. L’atmosphère bruxelloise dans cette sphère européenne est très particulière : il s’agit d’un milieu d’expatriés qui vivent entre eux, anesthésiant tout débat public.

L’association chargée de penser, d’appliquer l’éthique, Society of European affairs professionnals, n’a pas de réel siège, et est hébergé par un lobby. Ses responsables ne sont pas faciles à contacter, mais joignables néanmoins.

Yves de Lespinay, Président de la SEAP « Les lobbies défendent l’intérêt général »

La continuité entre lobbies et parlement est une bonne chose, elle permet la garantie de la démocratie. Parmi les membres, il y aurait des associations, que François Ruffin n’a pas retrouvées, mais pas de syndicats car un syndicat « s’attache à un intérêt sectoriel », ce que ne fait évidemment pas un lobby. Le lobby défend l’intérêt général par la concertation.

Nicole Fontaine, « J’ai la mémoire qui flanche »

Ne se souvient pas de Monsieur Lespinay, trouve la maxime adaptée et se met en colère.

Fakir « Ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple ? »

Phrase de Brecht : « ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? ». Cette nouvelle plaque sera accrochée à côté de l’autre par Fakir et d’autres activistes et ne fera pas long feu …

L’Art rayonne dans le quartier grâce à la magnifique statue de l’Europe portant l’Euro.

 

2 – Rue de la Loi, 1040 BRUXELLES, La Commission : quand la finance réforme la finance

A midi, chaque jour point presse, avec des gros calibres, de grands experts, indépendants…

Les experts indépendants : des lobbyistes de la finance internationale

Jacques de Larosières : ancien directeur du FMI, mis en examen sur l’affaire du Crédit Lyonnais, président d’Eurofi (club des grandes banques mondiales)

Sir Callum Mac Carthy ; traité d’aveugle et de comateux en Grande Bretagne, mais expert de l’autre côté de la Manche

Rainer Masera : ancien directeur de Lehman Brother

Interpellation manquée : Le ronron du Press Room

Fakir s’interroge sur la capacité de ces hommes au regard de leur CV à nous sortir de la crise où ils nous ont plongé. Réponse, il est important d’avoir des experts qui connaissent le système. On a lira dans la presse, le parti socialiste européen de s’enthousiasmer sur ce jour importants pour le marchés financiers internationaux…

Régulation : Les ONG et The Economist d’accord

Que s’est-il passé depuis dans le monde de la finance ? des mesurettes et un recalage lexical. De beaux discours et aucune action.

La porte parole : « la feuille de route européenne »

Voici comment elle est établie :

1 – Un rapport officiel, plutôt confidentiel, est directement rédigé par les financiers.

2 – Un technicien, sinon un technocrate, non élu, ici le président de la Commission, en reprend les grandes lignes directrices ».

3 – Les politiques « valident cette feuille de route », conscients ou non d’être les porte-voix de la finance.

4 – Les mêmes chefs d’Etat européen soutiennent « cette feuille de route au niveau du G20 », à l’échelle internationale. »

Eurofi : @bnpparibas.com

C’est l’une des plus grandes banques d’Europe, qui possède des filiales dans les paradis fiscaux, qui a écrit la feuille de route de la finance à suivre par les gouvernements.

Qui écrit celle de la Chimie, de l’Aviation, de … tout cela dans l’ombre de la démocratie.

 

3 – 99, rue Belliard 1040 BRUXELLES – Le « bâtiment Jacques Delors » : l’homme des firmes

Jacques Delors : l’icône des icônes

Des perroquets médiatiques…

« Il faut aller vite ». Et les médias de se faire le relais des décisions du travail de 45 industriels européens qui souhaitent prendre en charge tous les aspects de la société à modifier de toute urgence.

… à un perroquet politique

Jacques Delors approuve et fait totalement sienne cette idée. Il va construire l’Europe avec les industriels qui lui ont susurré le projet, sans s’appuyer sur les syndicats ou le peuple, car seuls les industriels ont compris l’Europe. Il faut faire l’Europe à tout prix (voire à n’importe quel prix). Pascal Lamy (l’autre Attali) sera son bras droit dans cette affaire.

Ver dans le fruit

« Pour bâtir, dans le consensus, l’Europe libérale, Jacques Delors était l’homme rêvé. De « socialiste », il portait le nom. Pas plus, mais assez pour que la gauche, de France et d’ailleurs, s’illusionne sur un habillage « social » du projet. Le projet libéral devait permettre officiellement la création de plus d’emplois.

La compétition d’abord

Chevènement s’insurgera contre ce projet auquel il ne croit pas et qui tue la gauche. On ne peut reprocher à Delors d’être plus soucieux de l’économie que des élections. Mais clairement, avec Delors, le progrès social passe bien après la compétitivité. Il s’en vantera d’ailleurs comme ses plus belles réussites.

 

4 – 5, boulevard du Roi Albert II, La confédération européenne des syndicats : la faiblesse tranquille

Patrice Irschert, secrétaire général adjoint de la confédération européenne des syndicats

« L’austérité, oui, aveugle, non. »

Avec la crise, on a proposé un contrat social européen. Et on choisit de faire appel au bon sens, à la compréhension des dirigeants, des agences de communication. « De la Révolution, on passe à la décence ».

Grâce à l’Europe, on libère les marchés, on renforce les emplois. Cet homme issu du textile qu’il connait bien, ne sait-il pas combien d’emplois ont été détruits dans la branche et jamais recréés ?

Corinne Gobin politologue belge

Les syndicats sont fâchés mais attachés à l’Europe, dans les années 80. Ils ont cru en Delors qui parlait de « dialogue social ». Il y avait l’idée de donnant donnant. Sauf que Delors a tout donné aux industriels et à la finance, et rien aux salariés. Dans les années 90, on bascule, on change d’image avec Emilio Gabaglio et « on passe d’un discours d’opposition à un discours d’accompagnement. » Le syndicalisme va être utilisé « comme l’instrument pour élaborer une nouvelle philosophie des relations collectives, la culture du consensus. » Il va partager de nouveaux champs lexicaux approuvés par Bruxelles, refreiner ses désirs de manifestation.

« L’emploi est devenu la principale arme, notamment rhétorique contre le droit du travail. » La protection salariale n’est plus à la mode. Le salarié citoyen n’est plus protégé, mais pour autant, il n’a toujours pas d’emploi…

En revanche, les syndicats à coup de subventions, ont de superbes bâtiments à Bruxelles.

 

5 – 9,Avenue de Beaulieu, 1040 BRUXELLES, DG, Environnement : Pollution, béton, camion

L’Europe fait de l’environnement un sujet majeur et elle est pleine d’idées à imposer aux citoyens pour faire de belles économies, précieuses pour nos ressources, pendant que les industries …

Plus vite

12 000 kilomètres d’autoroute, validés, encensés par Delors. Mise en place de la prime Bitume.

Dégâts rouges et verts

Augmentation du gaz carbonique généré par les transporteurs de marchandises : + d’un tiers.

La Suisse ne voulait pas intégrer ce développement routier, elle a vite été mise au pas par des remises en cause d’accords commerciaux. Là où le peuple a dit non, la finance et l’industrie ont construit.

Droit dans le mur

Ecologiquement, les mesures réellement prises par l’Europe sont une catastrophe mais sa communication en revanche est parfaite, « tel Dorian Gray en son miroir ».

Quoique, quel espace vert dans le quartier de l’Europe, à Bruxelles ?

 

6 – 31 rue de l’industrie, 1040 BRUXELLES, La Sofina : une autre histoire de l’Europe

Entretien avec Geoffroy Geuens, auteur de la finance imaginaire

« Les pouvoirs politiques et économiques se confondent. Et on vérifie ça à toutes les étapes du projet européen.

1952 La CECA Le ver est dans le fruit

« Le grand capital n’avait rien à craindre de ces hommes, qui étaient les siens. C’est pourça, quand j’entends « au départ, l’Europe était un beau projet, qu’il a été perverti, etc. », c’est aberrant ; le ver était dans le fruit. Les financiers sont au cœur de ce projet depuis sa fondation. »

1957 La CEE Les « pères fondateurs » au service des banquiers

Pierre Mendès-France a vu le malaise dès le départ : « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs par un homme providentiel, soit la délégation de ses pouvoirs à une délégation extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

Il connaissait les « pères fondateurs » et savait qui précisément ils étaient. Monnet, qui s’est enrichi sous la prohibition, Spaak, qui a tout fait pour déstabiliser Allende, sont loin d’être les anges que l’on nous vend aujourd’hui !

L’Europe a été construite par « toute une série de dirigeants qui défendent leurs oligopoles nationaux, avec pour certains des liens privilégiés du côté des réseaux atlantiques » et par le tout-puissant Groupe Bilderberg, think tank financé par des industriels, et les services de renseignements américains.

1992 Traité de Maastricht Les patrons aux commandes

Delors répondra oui à toutes les demandes des industriels. On donnera au milieu économique et financier les clés de l’Europe. Les milieux d’affaires défendront avec intelligence leurs intérêts, et construiront l’Europe qui leur convient, rédigeant eux-mêmes les textes adoptés par les gouvernements.

2005 La constitution L’oligarchie financière rédige le texte

2008 La crise On prend les mêmes

Alors que les politiques se déchainent contre les financiers, ils valident la mise en place d’unecommission européenne pour nous sauver de la crise composée par ceux-là mêmes qui nous y ont mis !

Aujourd’hui, « ce n’est plus un gouvernement, c’est un gigantesque conseil d’administration » comme le dit Gabin dans le film « le Président ». Et pourtant, ces gouvernements se disent souvent de gauche…

Leur avenir : Le changement dans la continuité

Les hommes de rechange sont prêts, bien soignés dans leur pouponnière la SOFINA.

Notre avenir : La rupture

Cette Europe-là n’est pas réformable. Geoffroy Geuens préconise un combat contre « Bruxelles » et pour une alternative de gauche anticapitaliste et démocratique.

Epilogue « Sauver l’Europe »

Imbéciles et cyniques, Eurogaga, …

Faut-il faire sauter Bruxelles ? oui ! mais doit-on prévenir les eurocrates et évacuer le Berlaymont ?

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Ce qui me saisit le plus à la lecture de ce livre, c’est le grand mensonge médiatique qui ignore l’Histoire, l’insulte même. Que l’Europe se soit construite autour du libéralisme, pourquoi pas. Mais que l’on nettoie le cerveau du citoyen en essayant du lui faire prendre des vessies pour des lanternes et qu’on le qualifie de populiste qui a peur de l’avenir quand il ose dire : « euhhh, objection, les choses ne passent pas vraiment comme il faudrait », m’énerve au plus haut point.

Aujourd’hui, le premier parti de France n’est pas celui de Marine Le Pen, mais c’est celui des abstentionnistes. Et la plupart sont des jeunes, qui vivent l’Europe comme jamais les aînés ne l’ont vécue. Ils baignent dans les échanges culturels et linguistiques dès le berceau. Et ils aiment ça. On les comprend. Ce n’est pas l’Europe qui est en danger. L’Europe existe depuis bien plus longtemps que la Technocratie dans laquelle on vit. N’oublions pas que si Rome a chuté, l’italien vit toujours pour notre plus grand plaisir. C’est juste une certaine classe de privilégiés qui a perdu ses privilèges. Pour quels privilèges veut-on nous obliger à voter ? Le peuple n’est pas populiste. Le peuple en a marre qu’on le prenne pour une andouille et qu’aucun des dirigeants actuels ne se soient appropriés la phrase en début de livre d’Abraham Lincoln ! Il y a toute une frange de la population qui a décidé de prendre son sort en main : elle travaille à mieux comprendre en cherchant de vrais experts qui ne soient pas des bonimenteurs, elle se construit sa survie individuellement car elle sait ne plus pouvoir compter sur l’Etat. Pourquoi aller voter : qui présente aujourd’hui l’image de celui qui cherche une solution collective et d’intérêt général ?

On dit la France en repli : c’est ignorer les chiffres, la France est l’un des pays qui a le plus grand nombre de mariages mixtes. La France aime la diversité autant que son identité. Les hommes qui dirigent l’Europe d’aujourd’hui luttent contre la diversité et veulent faire du citoyen curieux un consommateur de produits aux normes parfaites et uniques. C’est le règne de la pensée unique, telle que nous l’avait annoncée Aldous Huxley dans son essai, « Retour au meilleur des mondes », où il analysait son meilleur des mondes, et celui très sombre de 1984, tout en les comparant à celui dans lequel il vivait. Il nous y explique clairement comment nous en sommes aujourd’hui, arrivés là.

 

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