Rue Jean-Pierre Timbaud : le livre

Nous nous sommes rendus à la signature du livre « Rue Jean-Pierre Timbaud » dans cette librairie au coin de l’avenue Parmentier et de la rue Jean-Pierre Timbaud. Une fois arrivés sur place, nous avons appris que cet événement avait été annulé. Renseignement pris auprès de la libraire, elle et l’auteur avaient été la cible de menaces. Ce qui les a incitées à annuler la signature afin de ne pas prendre de risques pour elles et pour les clients.

 

J’étais sur place donc j’ai acheté le livre de Géraldine Smith mais aussi celui de David Vallat, djihadiste repenti « Terreur de jeunesse ».

Ci-dessous la fiche de lecture du livre rédigée par Henriane :

 

« Une vie de famille entre Barbus et bobos

Avant-propos : « Espoir né en 1980 »

Face aux réactions sur Facebook d’un jeune qu’elle a vu grandir, qui se fait rappeler à l’ordre parce qu’il se sent français au moment des attentats du 13 novembre, face au cursus des frères Koauchi si proche de celui des enfants de son quartier, face au désarroi de ses amis la famille T., Géraldine Smith décide d’enquêter « sur l’histoire d’une rue de Paris qui incarne l’échec du « modèle français d’intégration » auquel elle a cru ».

I – Un bébé dans l’impasse

Emménagement rue Henri-Chevreau : intégration dans ce quartier où on se dit bonjour et découverte de ce qu’est une nourrice convenable pour la CAF : des bébés entassés devant la télé qui au moins n’ont pas d’intoxication alimentaire ! Dès le départ, l’égalité des chances n’existe pas entre les bébés soumis à cette vie et ceux de la crèche qu’elle aura la chance de fréquenter où tout est fait pour l’éveil de l’enfant.

II – Poisson-pilote et tentation coloniale

Eupatoria : l’école publique. La famille apprécie la diversité culturelle de cette maternelle, mais son fils s’y ennuie et les mères de familles africaines rallent après les asiatiques qui ne parle pas un mot de français. Les enfants de parents de culture française ont un rôle de poisson-pilote qui doit aider les autres à mieux s’intégrer … mais les enfants de la directrice sont dans le privé ! (chapitre suivant)

III – Goûter dans la cité

Max invite ses petits camarades. La fête n’aura pas lieu : son meilleur ami sera le seul à se déplacer. Hakim et Camil punis pour avoir poussé une petite fille, les parents de Massiwan n’avait pas d’argent pour acheter un cadeau, la mère de Yannick faisait la sieste, Mariam avait oublié l’invitation dans son cartable, les parents de David Hou-Chi ne lisaient que des idéogrammes, Samira n’avait pas été autorisée à aller chez un garçon, quant à Sacha, il parlait à peine et, en général, c’était pour dire « connard », ce qui fait que l’on a jamais su les raisons de son absence.

IV – Chacun retourne d’où il vient

Yvette, la baby-sitter australienne, expliquera dix ans plus tard qu’elle a fallu qu’elle s’adapte à la saleté, à la tristesse des femmes musulmanes, aux dragueurs maghrébins. Mais elle ne se sent pas en danger.

A l’école Saint-Paul, on pratique le multiculturalisme mais on est plein de préjugés et surtout, l’institutrice passe à côté du fait que sa classe est essentiellement constituée de petits bellevillois.

V – Bruno du 110

Rappel de qui est Jean-Pierre Timbaud, syndicaliste et résistant.

La famille T est une famille d’artistes cultivés qui apprécie son immersion dans le quartier. Sarah, leur voisine pense aussi que le quartier sera idéal pour élever son enfant.

VI – Le catholicisme rase les murs

« C’est une école catholique où le catholicisme rase les murs. Une école qui se veut œcuménique, « à l’écoute », mais qui à force de s’ouvrir aux autres, ne sait plus qui elle est, « où elle habite ». En réalité l’école reflète assez bien l’état d’esprit des parents aises et de gauche, dont nous sommes, qui ont choisi d’y inscrire leurs enfants. Sans jamais le formuler clairement, nous nous sentons comme investis d’une mission « succès de la diversité ». Nous sommes convaincus que l’ouverture et la tolérance auront forcément raison des incompréhensions et malentendus entre les différentes communautés et classes sociales. Quitte à devoir accepter provisoirement quelques couleuvres. »

Avant le 11 septembre, le fait religieux n’est pas un sujet de préoccupation. Ses parents ont peur de la montée de l’islam mais ils ne sont pas racistes. Elle ne les comprend pas.

VII – 11 septembre 2001, métro Couronnes

Elle palpe du doigt l’admiration des arabes devant ceux qui ont osé faire cela aux américains : « L’ascétique Oussama Ben Laden fait résonner une fibre jusque-là inconnue à Belleville : la fierté de voir un Arabe défier la première puissance mondiale sur son sol. »

Le regard dans la rue sur les femmes change à ce moment-là et la nouvelle baby-sitter australienne se fait agresser en plein Mc Do, car elle est prise pour une américaine. Personne ne lui viendra en aide.

« Au lieu de réagir, je m’adapte » mais sa vision change quand elle apprend que Mohamed Hammami pousse ses fidèles à faire la prière dans la rue alors même que sa mosquée a la place de les accueillir.

VIII – Etablissements Baeyens, bimbeloterie depuis 1941

Vie d’une famille du XIeme qui a vu le quartier évoluer. Cette famille franco-française pense que l’évolution du quartier est surtout le fait des gros distributeurs qui ont tué le petit commerce, de la montée des loyers impossible à assumer avec les revenus de ces petits commerces et des amendes qui pleuvent quand on se gare ce qui ne donne pas envie de s’arrêter pour faire ses emplettes.

IX – Identités à géométrie variable

Moins d’indulgence face au Breton ridicule avec son biniou et son kouignamann qu’avec l’africain… le bellevillois passe pour étranger autant quand il retourne au bled que quand il rentre en France. La question identitaire dans l’école tourne plus autour des régimes alimentaires. Pour l’auteur, la question identitaire est ramenée plutôt à une question de perception plus qu’à un enfermement autour d’une couleur d’yeux et de peau.

X – Stratégies parentales

Tout faire pour que les enfants reçoivent une instruction digne de ce nom et les sauve de la racaille. Un enjeu crucial pour beaucoup. Comment expliquer que certains s’en sortent et d’autres non ? Les Fontes ont travaillé dur et ne peuvent pas accepter ceux qui les entourent et ne foutent rien.

XI – Du grabuge au Luxembourg

Sortie de classe au Luxembourg, jardin bien connu de la famille Smith mais où certains des enfants de l’école Saint Paul ne sont jamais allés ! Djed part en vrille, balance des marrons et sa mère n’est capable que de lui hurler dessus en arabe. Constat d’impuissance.

XII – Premiers signes de désintégration

A l’école, maintenant au foot, c’est la France contre le reste du monde… Il n’y a plus de voyages car les musulmans ne veulent pas que leurs filles partent avec des garçons. Le boulanger sert les hommes avant les femmes et parlent arabe à tout le monde… multitude d’exemples dans ce chapitre de ce que la rue est devenue, de plus en plus intolérante vis-à-vis de ce qui n’est pas musulman.

« A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi la Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. »

XIII – Les prosélytes de la mosquée Omar

Description de l’intégriste Mohammed Hammami, de la force de son réseau et description de la radicalisation de Hervé Djamel Loiseau, qui ira avec d’autres de la mosquée Omar faire le djihad.

XIV – La mosquée prend ses quartiers

Agression contre les femmes (simples bousculades, insultes), changement vestimentaire dans la rue, multiplication des librairies islamiques, harcèlement des mauvais musulmans, agression de journaliste et comédienne connus pour leur position anti islamique. La mosquée Omar draine des gens des banlieues alors que les riverains préfèrent fréquenter deux autres lieux de prières. Face à ces pratiques mafieuses que faire : difficile de se lever tous les matins dans l’esprit d’un combattant ou militant. « et c’est ainsi que l’islam intégriste prend le pouvoir sur ce bout de rue parisienne, sans crier gare. Sous nos yeux, dans notre quartier « si sympa » ».

XV – Extension du boboland

Chute de la population ouvrière à Belleville. Les bars branchés et boutique chic reprennent les petits commerces qui ne trouvent pas de preneurs.

XVI – Dépouillements rue des Couronnes

Début du racket sur les gamins de l’école Saint Paul.

XVII – La débandade

Les départs sont nombreux, perçus comme indispensables pour sauver ses enfants. Aucun happy end envisagé pour ceux qui restent.

XVIII – Les T se cassent

Une agression de plus et ils quittent le XIe. Rétrospectivement, il n’y a pas eu de « mélange », chacun vivait côte à côte, mais pas ensemble !

XIX – Ceux qui restent

L’iman Achour, plus ouvert et plus consensuel que ces prédécesseurs. Mais quand les portes de la mosquée s’ouvrent, ils ne sont pas nombreux et il n’y a que des vieux. Difficile de savoir ce qui se passe dans la mosquée ? « ce sont les jeunes contre les vieux. L’iman Achour est du côté des vieux, mais les jeunes se mettent au coin de la rue et recrutent. » « La rue n’est pas dangereuse, c’est pire que ça, on s’y sent comme une minorité assiégée. »

XX – Je me suis trompée

Beaucoup d’émotion.

« Mais si déverser des fonds pour ensevelir les problèmes était la solution, la France serait une terre d’harmonie sociale ou, à tout le moins, pas ce corps social multi-fracturé »

« Ma première erreur a été de croire qu’il y avait un parcours fléché de l’intégration, une voie irréversible menant de l’externalité à la communauté nationale, que les habitants de la rue Jean-Pierre Timbaud rêvaient tous d’emprunter – sans parler de citoyenneté, un concept qui, pour nombre d’entre eux, était une grande inconnue à leur arrivée. »

« L’islamisme radical n’est pas une survivance archaïque appelée à s’autodétruire avec l’élévation au sein de la société française. C’est au contraire un phénomène moderne, le produit quotidien de notre société en crise, la manifestation endogène du malaise d’une partie de notre jeunesse, y compris « blanche », ou « de souche », ou quel que soit le qualitatif. »

« J’ai cru à tort qu’une tolérance sans bornes était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer. » « La tolérance peut être une forme de démission masquée ».

« Je me suis trompée en croyant que les conjonctions d’un fort soutien de l’Etat (logements subventionnés, allocations, sécurité sociale, crèches publiques, loisirs gratuits…) et d’une bonne tutelle parentale propulserait ipso facto les enfants motivés dans un avenir sécurisant ».

« La bonne volonté ne suffit pas. »

 

« Mal compris comme le « droit absolu à la différence », le multiculturalisme fait des ravages ».

« Enfin, je me suis trompée en confondant la coexistence, qui peut d’ailleurs être plus ou moins pacifique, et le vivre-ensemble ; la cohabitation et la convivialité.

« le « nous » n’existe qu’à travers des formes de vie partagées, le quotidien des petits gestes. »

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J’ai apprécié ce livre car il aborde les choses par l’angle de la vraie vie. Je me suis retrouvée dans ses interrogations de parents, dans son appétit pour l’autre, le différent. J’ai aimé la simplicité et la franchise de ses constats. Elle ne nous prend pas de haut, elle vit la même vie que nous, sauf qu’elle a su et a eu le courage de dresser un état des lieux. Certes, on ne sait pas comment lutter contre cet intégrisme qui est ni plus ni moins du fascisme. Mais établir un constat est la première étape indispensable pour établir un plan d’action. »

 

Un commentaire sur “Rue Jean-Pierre Timbaud : le livre

  1. A la lecture de ces résumés je pense d’abord fort à « La vie devant soi » de Romain Gary, paru en 1975 et à un Belleville certes très prosaïque mais pourtant déjà coloré et odorant et où la coexistence ne semble pas poser question.
    Et puis je repense aux multiples textes et commentaires lus et entendus dès le 14 novembre 2015, où l’on regrette qu’une idéologie religieuse ai pu entacher l’atmosphère si conviviale du quartier le plus cosmopolite de Paris.

    Alors je me rends compte que là, forcément, avec ce que je viens de lire, il y a quelque chose qui cloche et je ressens comme le besoin de me rapprocher un peu plus de l’image d’Epinal qui nous est dépeinte, peut-être pour mieux déceler les vices cachés de l’oeuvre…
    Merci à tous les deux pour ces lignes éclairantes

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