La nation et ses ennemis

Dans un codicille de son livre « l’art de la guerre financière », Jean-François Gayraud développe cette idée de l’intrication entre la souveraineté d’une nation et le questionnement sur ses ennemis.

 

En voici un extrait :

« Carl Schmitt explique que le questionnement sur l’ennemi constitue avant tout une forme d’introspection, une interrogation essentielle sur soi : que veut-on être, en tant que nation et peuple ? « L’ennemi est notre propre remise en question personnifiée.  […] L’ennemi n’est pas une chose à éliminer pour une raison quelconque et à cause de sa non-valeur. L’ennemi se tient sur le même plan que moi. C’est pour cette raison que j’ai à m’expliquer avec lui dans le combat, pour conquérir ma propre mesure, ma propre limite, ma forme à moi. » À la suite de Carl Schmitt, Julien Freund apporte une utile précision sur la nature de l’hostilité : « C’est l’autre que l’on combat non en tant qu’il est un individu ou une personne particulière, mais en tant qu’il appartient à une entité politique. » L’ennemi au sens politique du terme n’implique donc aucune haine personnelle. Et c’est parce que l’ennemi appartient à l’essence du politique qu’ « il existe toutes sortes d’agressions », dont la conquête militaire ne représente qu’une modalité parmi d’autres. L’inimitié n’est pas uniquement « combattante » :

Les ressources de l’hostilité sont donc variables. […] Il n’est en tout cas pas nécessaire de faire l’inventaire complet de la diversité des actes d’hostilité pour comprendre qu’avant d’être un concept juridique et militaire d’un système diplomatico-stratégique, l’ennemi appartient à l’essence même du politique. L’ennemi peut prendre le visage de l’ennemi réel et concret de la guerre, celui virtuel de la diplomatie ou celui de l’ennemi absolu de l’idéologie. L’ennemi n’est donc pas exclusivement celui que l’on combat au cours d’une guerre chaude.

Chez Carl Schmitt, la question de l’ennemi est indissociable de celle de souveraineté. Le penseur allemand l’a défini à la manière de Thomas Hobbes dans Leviathan : « Quand un peuple craint les tracas et le risque d’une existence politique, il se trouve tout simplement un autre peuple qui le décharge de ces tracas en assumant sa protection contre les ennemis extérieurs et par conséquent la souveraineté politique ; c’est alors le protecteur qui désigne l’ennemi en vertu de la corrélation entre protection et obéissance. » Tout peuple qui se laisse prescrire par un tiers qui est son ennemi n’est plus politiquement libre mais soumis.

 

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