L’extrême droite

Rien ne me semble plus étranger à la souveraineté du peuple que l’histoire de l’extrême droite.

La nation est la construction politique d’un corps social qu’on appelle le peuple et qui se définit sans référence exclusive à une origine, une religion ou une appartenance ethnique mais à une communauté de destin sur un territoire donné selon la tradition républicaine.

Le peuple souverain ne se reconnait donc pas dans l’obsession ethnique ou religieuse, le culte de la force brutale et le culte du chef infaillible sans se renier.

Les différentes expériences d’extrême droite me semblent toujours procéder de la même manière.

D’abord la démonstration qu’on n’a pas froid aux yeux puis la récupération des frustrations du peuple. Les gens entendent des mots qui leur parlent de situations qu’ils vivent. Ils se sentent compris par des personnes qui ne faibliront pas. Et, ce qui est vital, il y a un obstacle à abattre pour rétablir une situation acceptable. Donc de l’espoir.

Le peuple est mis en marche. Il ne sait pas encore qu’il est déjà trahi.

Au bout du compte, c’est pour un pouvoir qui n’est pas le sien qu’il se sera mis en mouvement et pour une conception de la nation qui n’est pas la sienne. Quand il comprend, il est trop tard. Et ce pouvoir n’hésitera pas, si les circonstances le permettent, à collaborer avec d’autres pouvoirs plus anciens. Ces pouvoirs plus anciens se résolvant à voir d’un bon oeil un pouvoir fort qui les aidera à persister dans leur être.

Quand j’étais enfant, il n’y avait plus d’extrême droite en France. Seule subsistait de l’entre deux guerres une tradition littéraire valorisant le dépassement de soi à laquelle j’étais sensible.

L’extrême droite a réémergé au début des années 1980 dans une version intégriste, xénophobe et antisémite.

Pourquoi a-t-elle muté dans une version dite populiste, attirant les votes des classes populaires ? Pourquoi son succès?

C’est d’abord cette question qu’il faut se poser aujourd’hui.

On parle de rapprochement entre la gauche radicale et l’extrême droite. Je pense que c’est faux et fallacieux. Les mots peuvent être les mêmes, pas la finalité politique.

Mon sentiment est que si Syriza échoue en Grèce, un boulevard s’ouvrira pour l’extrême droite dans toute l’Europe.

Quelles sont les intentions des institutions européennes ? Et de la classe politique en France ?

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