Monnaie unique : un non-sens pour les libéraux

Comme je l’indiquais dans deux de mes billets du 14 février dernier, certains économistes libéraux français ont milité contre la monnaie unique au moment du référendum sur le traité de Maastricht, position conforme à celle de la quasi-totalité des économistes anglo-saxons. On peut l’interpréter comme une perfidie américaine contre la construction européenne. Je ne le pense pas.

Avant d’expliquer ce point de vue, je vais rappeler trois événements monétaires.

La parité du Deutsche Mark par rapport au Franc Français est passée de 1,17 FF pour 1 DM à la création du nouveau Franc le 1er janvier 1960 à 3,35 FF pour 1 DM à la création de l’Euro. Il y a donc eu un ajustement permanent et notable de la parité entre les deux monnaies. Dans la même période , les économies allemande et française ont évolué de conserve sans diverger fondamentalement bien que la parité ait été multipliée par 3.

Le maintien de la politique du Franc fort au moment de la réunification allemande. Dans son livre « la France 3.0 « , l’économiste Christian Saint-Etienne évoque et juge sévèrement le choix du gouvernement français de l’époque de maintenir coûte que coûte la parité fixe entre le Franc et le Deutsche Mark malgré la proposition allemande de procéder à un réajustement de cette parité pour absorber les conséquences de la réunification. Selon lui, « la forte vague de désindustrialisation de notre pays trouve son origine dans [cette] colossale erreur de politique économique en 1991-1992. »

L’évolution du cours du Franc Suisse début 2015. Depuis plusieurs années, la Suisse s’était arrimée à la zone Euro à la parité de 1,20. La Banque Nationale Suisse achetait des euros pour maintenir coûte que coûte cette parité. Quand la BCE a décidé s’acheter massivement de la dette publique avec comme conséquence la baisse de l’Euro par rapport au Dollar, la BNS a lâché prise. La valeur du Franc Suisse a augmenté de 20% en 24 heures.

Pour les libéraux, les marchés, de quelque nature que ce soit, sont le lieu où un équilibre est trouvé entre les acteurs et les forces en présence.

Cette vision est bien sûr battue en brèche au delà de certaines limites (théorie du cygne noir). Mais ce point ne contredit pas la démonstration.

En créant une monnaie unique, on a aboli les marchés monétaires au sein de la nouvelle zone monétaire. On fait donc disparaître le lieu où se régulaient les tensions d’ordre économique entre les zones monétaires d’origine par l’ajustement des parités. Ce lieu n’existant plus, si les disparités économiques entre pays existent toujours et c’est le cas en Europe, les tensions qui en résultent s’expriment ailleurs et de manière non maîtrisée.

En d’autres termes, si deux pays fonctionnant différemment partagent la même monnaie, il n’y a plus de réajustement de parité. Il y donc a un prix à payer quelque part ailleurs. Qui paiera, à quelle hauteur et combien de temps faudra-t-il payer ?

Est-ce une solution durable ? Ne vaut-il pas mieux arrêter les dégâts ?

Le débat est ouvert.

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