Monnaie unique, commune ou nationale ?

Je ne sais pas si cet article de la Tribune apporte la solution définitive à ce sujet complexe de la monnaie en Europe mais sa lecture en reprenant les thèmes clés vous aidera dans cette réflexion.

Et cette réflexion est capitale pour éclairer les événements économiques et financiers du moment.

Tout cela ressemble à un puzzle qu’il faut péniblement reconstituer mais mieux vaut le doute que l’ignorance.

L’article est signé par Bruno Moschetto, professeur de sciences économiques à Paris I et à HEC.

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/passer-de-la-monnaie-unique-a-la-monnaie-commune-462789.html

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L’extrême droite

Rien ne me semble plus étranger à la souveraineté du peuple que l’histoire de l’extrême droite.

La nation est la construction politique d’un corps social qu’on appelle le peuple et qui se définit sans référence exclusive à une origine, une religion ou une appartenance ethnique mais à une communauté de destin sur un territoire donné selon la tradition républicaine.

Le peuple souverain ne se reconnait donc pas dans l’obsession ethnique ou religieuse, le culte de la force brutale et le culte du chef infaillible sans se renier.

Les différentes expériences d’extrême droite me semblent toujours procéder de la même manière.

D’abord la démonstration qu’on n’a pas froid aux yeux puis la récupération des frustrations du peuple. Les gens entendent des mots qui leur parlent de situations qu’ils vivent. Ils se sentent compris par des personnes qui ne faibliront pas. Et, ce qui est vital, il y a un obstacle à abattre pour rétablir une situation acceptable. Donc de l’espoir.

Le peuple est mis en marche. Il ne sait pas encore qu’il est déjà trahi.

Au bout du compte, c’est pour un pouvoir qui n’est pas le sien qu’il se sera mis en mouvement et pour une conception de la nation qui n’est pas la sienne. Quand il comprend, il est trop tard. Et ce pouvoir n’hésitera pas, si les circonstances le permettent, à collaborer avec d’autres pouvoirs plus anciens. Ces pouvoirs plus anciens se résolvant à voir d’un bon oeil un pouvoir fort qui les aidera à persister dans leur être.

Quand j’étais enfant, il n’y avait plus d’extrême droite en France. Seule subsistait de l’entre deux guerres une tradition littéraire valorisant le dépassement de soi à laquelle j’étais sensible.

L’extrême droite a réémergé au début des années 1980 dans une version intégriste, xénophobe et antisémite.

Pourquoi a-t-elle muté dans une version dite populiste, attirant les votes des classes populaires ? Pourquoi son succès?

C’est d’abord cette question qu’il faut se poser aujourd’hui.

On parle de rapprochement entre la gauche radicale et l’extrême droite. Je pense que c’est faux et fallacieux. Les mots peuvent être les mêmes, pas la finalité politique.

Mon sentiment est que si Syriza échoue en Grèce, un boulevard s’ouvrira pour l’extrême droite dans toute l’Europe.

Quelles sont les intentions des institutions européennes ? Et de la classe politique en France ?

Le banquier du diable

Pour parfaire la connaissance de l’entre deux guerres en Allemagne, époque riche d’événements et d’enseignements, je vous propose une vidéo de XerfiCanalTV.

Cette vidéo est l’interview de Jean-François Bouchard, économiste et haut fonctionnaire, qui a écrit une biographie d’Hjalmar Schacht, banquier central de l’Allemagne sous Hitler.

Ce banquier et ministre dût sa réussite à sa détermination, son pragmatisme et sa roublardise, adoptant des solutions sans parti pris idéologique.

Quelques informations sur cette période vous surprendront peut-être.

Important : cette biographie n’est pas une apologie de cette funeste période et du nazisme.

La vidéo dure 28 mn.

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Jean-Francois-Bouchard-Le-banquier-du-diable-les-lecons-d-economie-du-banquier-d-Hitler-Version-integrale_2391.html

 

 

Le minotaure planétaire

Oui, le ministre des finances grec est un beau gosse, médiatique et pied dans le plat. Il agace. D’ailleurs les ternes ministres des finances des autres pays de la zone euro ne comprennent pas qu’un ministre grec la ramène et l’austère Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand, ne le supporte pas.

C’est aussi un économiste hors normes.

Je viens de terminer la lecture de son livre « le minotaure planétaire ». Il s’agit d’un excellent ouvrage de vulgarisation.

Il retrace l’histoire financière mondiale depuis la seconde guerre mondiale. En particulier, l’organisation monétaire internationale et le mécanisme mondial de recyclage des excédents. Le premier sujet n’est pas nouveau. Il s’agit du système issu de la conférence de Bretton Woods et de son effondrement. Le deuxième est plus original, surtout pour un béotien comme moi. Il explique comment les Etats-Unis pays vainqueur et commercialement excédentaire a décidé de recycler ses excédents sous forme d’investissements en Europe (plan Marshall) et au Japon (contexte de la guerre de Corée). Objectif : stabiliser le monde et l’organiser autour des Etats-Unis en s’appuyant sur deux relais l’Allemagne dont l’espace vital sera une Europe intégrée enfin assagie car sous contrôle et le Japon dont l’espace vital ne pourra pas être la Chine basculant sous la houlette de Mao mais l’Asie du Sud-Est. Ces deux nations seront rapidement excédentaires.

Tout bascule dans les années 70 où les excédents s’inversent : le décrochage de la parité fixe de 35 $ l’once d’or, la guerre du Viêtnam, la hausse des prix du pétrole et la montée en puissance des excédents allemands et japonais font naître aux Etats-Unis les déficits jumeaux (budgétaire et commercial). Ces déficits jumeaux américains seront viables grâce au statut particulier du dollar et à la puissance militaire américaine. En effet, le dollar et les actifs américains sont des valeurs de réserve fiables.

Le génie des dirigeants américains de l’époque est d’avoir bâti en une décennie douloureuse un nouveau système de recyclage des excédents totalement inverse du précédent et reposant sur le fameux « privilège exorbitant du dollar ». Ainsi est né le minotaure planétaire. Les excédents des nations excédentaires (Europe, pays du Golfe, Japon puis Chine) sont recyclés soit en investissements directs, soit via Wall Street. Ainsi se développent avec ce flot de liquidités convergeant vers les Etats-Unis la financiarisation de l’économie et la consommation à crédit encouragées par la dérèglementation du système financier. L’innovation financière favorise le développement de quasi-monnaies privées (actifs notés triple A très demandés donc fortement liquides).

Ce système s’est avéré assez stable pendant une trentaine d’années jusqu’à la crise de 2008.

Depuis, le minotaure gravement blessé ne joue plus son rôle, non pas que les déficits jumeaux n’existent plus car ils sont plus forts que jamais mais la stabilité est durablement perdue.

Pour Varoufakis, seuls les Etats-Unis ont la dimension nécessaire et la tradition politique pour bâtir un nouvel ordre mondial.

Un morceau d’un chapitre du livre est consacré à la zone euro dont la faiblesse constitutive est de pas avoir conçu la manière de recycler les excédents des pays du nord. Des propositions assez précises sont formulées pour y remédier faute de quoi la zone euro ira lentement vers la désintégration.

En conclusion, on peut débatre de ses performances d’homme politique et de négociateur (l’histoire n’est pas finie), mais Varoufakis est un esprit brillant. Je vous conseille donc la lecture de son livre.

 

Pensées sans parole

Le dernier livre du psychiatre Boris Cyrulnik s’appelle « Les âmes blessées ». Il s’agit d’un livre autobiographique où Boris Cyrulnik raconte, comme sur une mosaïque chronologique, ses rencontres avec des personnes ayant marqué l’évolution de la psychiatrie au niveau de ses pratiques, de sa clinique et de ses théories. Ce livre de science nous enseigne à quel point, dans ce domaine sensible, la science est confrontée à la représentation que nous nous faisons de l’humaine condition. Je vous conseille ce livre qui donne l’impression de s’être entretenu avec cet homme exceptionnel. Et qui donne envie de le rencontrer.

Je vous livre un extrait de ce livre (pages 244 et 245). Beaucoup d’autres passages le mériteraient tout autant, sur l’ouverture des hôpitaux psychiatriques, sur la schizophrénie, sur la maltraitance ou l’inceste. J’ai choisi un passage parlant de l’acquisition de la parole et de la représentation que nous nous faisons du monde qui nous entoure.

« Il y a quelques décennies, des philosophes et des psychiatres nous enseignaient qu’on ne pouvaient rien comprendre tant qu’on parlait pas. Or « la fréquentation même superficielle des aphasiques suffit à montrer que la pensée survit aux altérations du langage. […] l’étude des pensées sans langage de l’animal et de l’enfant […] montre que les progrès initiaux ne sont pas liés au langage, mais à la maturation cérébrale » (D.Laplane, 1991). On ajouterait aujourd’hui que ce développement neurologique est lié aux stimulations sensorielles qui entourent un enfant. On pourrait reformuler la notion des rapports entre la pensée et le langage en disant que dans un monde sans paroles, la perception du réel serait formatée par nos organes sensoriels. Mais, dès que nous accédons à la maitrise des mots, tout discours constitue une réorganisation du monde que nous avons perçu. Nous échappons au réel pour nous soumettre à sa représentation.  Pour construire le monde que nous croyons simplement percevoir, nous possédons deux outils :

– notre niche sensorielle précoce qui a sculpté notre appareil à voir le monde, que nous appelons « cerveau » ;

– notre manière de parler de ce monde, qui constitue une représentation que nous appelons « réalité ».

La capacité de parler est une aptitude biologique que seul un cerveau humain peut acquérir.  Et la parole est un objet sensoriel que nous percevons biologiquement (qu’il soit sonore ou écrit) et qui possède l’étonnant pouvoir de désigner un objet non perçu. Ce qui veut dire que la langue n’est jamais née mais qu’elle est le produit d’une évolution. Il y avait probablement un proto-langage de cris, de sonorités et de postures chez l’homo habilis il y a deux millions d’années. En un éclair de deux cent mille à trois cent mille ans, son langage s’est soudain remanié pour prendre la forme syntaxique que nous employons habituellement depuis cinq cent mille ans. Ce qui revient à dire que, pendant presque deux millions d’années, nous avons communiqué comme les animaux et comme le font nos bébés avant l’explosion de la parole, au cours de la troisième année. »

C’est un texte très riche. De manière réductrice, j’ai mis en gras et italique un passage qui me semble important pour notre réflexion.

L’Europe au risque de la fragmentation

Après la récréation, retour à notre sujet de la souveraineté.

Dans son supplément Culture et Idées,  le Monde de ce samedi publie une interview de l’économiste Laurent Davezies qui vient de publier un opuscule intitulé « Le nouvel égoïsme territorial. Le grand malaise des Nations » aux éditions du Seuil.

Il y analyse les effets centrifuges de l’élargissement de l’Union Européenne, la faiblesse du budget communautaire et une certaine apologie pour l’idée d’une Europe des Régions. Cela se traduit par la montée des indépendantismes comme en Ecosse ou en Catalogne combinée au refus de la mondialisation.

Il déplore que l’économie territoriale soit absente des débats européens. Il en est de même en France où la réforme territoriale s’est faite dans l’urgence.

Voici le lien vers l’article du Monde.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/03/12/l-europe-au-risque-de-la-fragmentation_4592626_3214.html

Je pense aussi que l’économie territoriale est l’une des clés des évolutions à venir. Voilà une matière à suivre de près et à « infuser » auprès de nos élus.